système [poucet]

Projet en cours de 2 étudiants en Master pro de l'Ecole Normale Supérieur de Cachan département Design. Notre projet porte sur la mise en place d’un système contextualisé sur les trottoirs de Paris. Le trottoir maintient le contact piéton/ville dans une

16 novembre 2007

l'image de la cité ...

« Structurer et identifier son milieu est une faculté vitale chez tous les animaux. Toutes sortes d’indications sont utilisées : les impressions visuelles de couleur, de forme, de mouvement, ou de polarisation de la lumière, aussi bien que d’autres sensations telles que l’odeur, le son, le toucher, la kinesthésie, la sensibilité à la pesanteur et peut être aux champs magnétiques et électriques.

[…]

Bien qu’il reste quelques phénomènes troublants, il semble aujourd’hui improbable que le fait de trouver son chemin soit dû à un quelconque « instinct » magique. Il s’agit plutôt d’une utilisation et d’une organisation logique des indications sensorielles fournies par l’environnement extérieur.

[…]

S’égarer complètement est peut-être une expérience assez rare pour la plupart des gens dans la ville moderne. Nous sommes soutenus par la présence des autres et par les moyens particuliers de trouver notre chemin : cartes, numérotation des rues, signalisation routière, écriteaux des autobus. Mais s’il arrive, par malheur, que nous soyons désorientés, la sensation d’anxiété et même de terreur qui accompagne cette perte de l’orientation nous révèle à quel point en dépendent nos sentiments d’équilibre et de bien-être. Le mot même de « perdu » signifie, dans notre langue, bien autre chose qu’une simple incertitude géographique : il comporte un arrière goût de désastre complet.

Dans l’opération qui consiste à trouver son chemin, la maillon stratégique est l’image de l’environnement, la représentation mentale généralisée qu’un individu se fait du monde physique extérieur. Cette image est produite à la fois par les sensations immédiates et par le souvenir de l’expérience passée, et elle sert à interpréter l’information et à guider l’action. Le besoin de reconnaître et de rattacher à un modèle ce qui nous entoure est si crucial, et plonge si profondément ses racines dans le passé, que l’importance, pratique et émotive, de cette image pour l’individu est immense.

Il tombe sous le sens qu’une image qu’une image claire permet de se déplacer avec facilité et rapidité ; de trouver la maison d’un ami, d’un agent de police ou une mercerie. Mais un environnement en ordre peut faire plus que cela : il peut servir de vaste trame de référence, organisant les activités, les croyances ou les connaissances. […] Comme n’importe quelle bonne ossature, une telle structure donne à l’individu une possibilité de choix et un point de départ, pour l’acquisition d’une information ultérieure. Une image claire de l’environnement sert ainsi de base au développement individuel. »
- K. Lynch dans L’image de la cité. -

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le trottoir comme catalyseur de la mobilité pédestre urbaine

    Notre projet porte sur la mise en place d’un système contextualisé sur les trottoirs de Paris (2918 km au total). Le trottoir semble avoir pour rôle de maintenir le contact piéton/ville dans une optique de fluidité de trajectoire. Mais de nos jours, la marche à pied est plutôt vécue comme un parcours du combattant : voitures en stationnement sur le trottoir, discontinuités, absence de trottoir, déjections canines, travaux… contraignent le piétons à toujours plus de vigilance et de contorsions. La marche, qui faisait autrefois partie intégrante de la ville (à tel point que la vitesse de l’homme allant à pied déterminait les dimensions géographiques de la ville) ne semble plus d’actualité.

    Le piéton du XIXe siècle occupe tout l’espace public urbain, trottoir, chaussée, boulevard, avenue ; il a l’allure, la même vitesse que les autres modes de transport qui roulent au pas. Le premier tiers du XXe siècle voit se réduire considérablement l’espace déambulatoire du piéton urbain. Le vélocipède puis l’automobile ont imposé leur vélocité : vitesse, attention et agressivité du métal dans la rue. La voiture a reconfiguré la rue à son image et a contribué à segmenter les voies urbaines (tendance qui s’affirme de plus en plus : voies cyclables, sites propres, trams) . Ce nouveau rapport où prime l’automobile crée une asynchronie dans les vitesses de déplacement des usagers de la rue. Le modèle automobile a également imposé son mode de signalisation et son imagibilité. La ville se lit depuis la fenêtre du véhicule motorisé, la lecture de l’environnement est influencée par sa vitesse. Piéton et conducteur sont guidés par les mêmessystèmes. La ville trouve sa meilleure représentation globale et mémorisable dans le plan de métro.

    Le déplacement à pied passe en arrière plan au profit de tous les autres modes de déplacements passifs individuels (voiture) ou collectifs (métropolitain, bus). En France, on estime ainsi environ 19% le nombre de déplacements motorisés en milieu urbain qui pourraient être effectués à pied sans que cela puisse induire, pour chaque trajet, une perte de temps supérieur à à cinq minutes. Si l’on interroge directement la population, on constate que 27% des individus déclarent utiliser leur voiture sans y être contraint. Actuellement, le piéton n’a plus conscience de sa soumission et délaisse la marche comme mode de transport au dépit parfois du bon sens. Le piéton parisien marche en moyenne 13,5 min par jour sur environ 600 mètres, ce qui représente 54% de l'ensemble de ses déplacements quotidiens dans Paris.Ainsi le citadin ne revendique plus de son statut de piéton, écrasé par les autres moyens de déplacements urbains. La marche n’est plus un réflexe elle est délaissée au profit des autres moyens de transports qui apparaissent au piéton plus efficace. L’apparition du vélib’, marque le retour d’une volonté individuelle de reprendre contrôle de sa mobilité et nous a montré l’efficacité des modes de déplacements actifs (gain de temps, nouvelle lisibilité de la ville). Mais cette expérience nous a également montré que le vélo, malgré sa présence réelle, ne retrouvera pas toute sa place dans la ville si rapidement que cela.

    Le système [poucet] vise à redonner conscience au piéton de la place qu’il n’a pas eu conscience de perdre dans la rue et de ré-interroger la marche en tant que mode de déplacement. Le but n’est pas de rendre la ville piétonne, (nous ne prétendons à aucune auto-phobie), mais il s’agit d'aider le piéton à se créer une meilleure imagibilité de la ville et par-là même une place dans la mobilité urbaine en développant une plus forte intelligence de déplacement. Les systèmes de navigation électroniques qui pullulent actuellement sont une réponse facile aux problèmes d’orientation dans la métropole complexe, ces appareils ne sont que des solutions qui masque la source du réel problème : un défaut d’imagibilité de la ville propre au piéton. Le concept de trouvabilité (usage développé pour les nouvelles technologies) n’a pas de raison d’être si le citadin possède une bonne imagibilité de sa ville car l’accessibilité d’un espace public est liée à la lisibilité de son mode d’emploi.

    Notre projet s’incarnera dans un système matériel (pouvant s’étendre également virtuellement) qui s’implantera sur les trottoirs de Paris. L’observation du piéton et des infrastructures lui étant dédié sera le départ de notre travail et nous permettra de tout ré-envisager selon lui. Afin de révéler les potentiels d’un tel système au sein de la ville du quotidien et dans l’objectif de créer un système alternatif, notre attention se portera sur un type singulier de piéton, dont la mobilité est affectée: les handicapés sensoriels. Nous pensons que les relations sensorielles à la ville de cette population et sa capacité d’orientation particulière où ses difficultés nous permettront de nous enrichir de modes différents de mobilité pour rendre plus efficace le système dans sa tangibilisation. Le système ne sera pas une nouvelle signalétique de guidage. Les éléments mis en place ne dépendront pas de ce qu’ils indiquent mais auront leur autonomie, ils seront les outils, sous formes de repères, de mailles, de réseaux, d’une aide au repérage aidant à l’amélioration de la cognition spatiale du piéton en ville.

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08 novembre 2007

pour commencer ...

Ce blog a pour objectif d'être le carnet de bord de notre projet de master de design appellé le système [poucet]. Post par post, il vous communiquera l'avancée du projet, nos univers et éléments de référence alimentant celui-ci, nos recherches annexes, nos réflexion sur les thématiques véhiculées par le projet...

Pour commencer, une première tentative de définition du projet :

Le système [poucet] porte sur la mise en place d’un système contextualisé dans l’environnement matériel de notre mobilité pédestre quotidienne: le trottoir.

Le trottoir assure une fonction phatique dans la mobilité urbaine. Il maintient le contact piéton/ville dans une optique de fluidité de trajectoire. Il s’agira d’aller au-delà en instaurant une communication entre le piéton et l’environnement dans lequel il se déplace.

Afin de révéler les potentiels d’un tel système au sein de la ville du quotidien, notre attention se portera sur un type singulier de piéton, dont la mobilité est affectée: les handicapés sensoriels. Cette population nous permettra de définir les bases d’un service global d’aide à la mobilité qui interroge le trottoir comme un espace de composition en non d’addition de divers types de piétons.

L’insertion de ce service au sein de l’espace urbain quotidien, augmentera par un contenu hybride (virtuel/matériel) le trottoir de fonctions interactives (informations, orientations..) dans une relation proxémique.

 

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